Lors de l’un de mes premiers entretiens pour un poste de chef de produit, le PDG de l’entreprise m’a posé une seule question pour décider si j’étais apte à rejoindre l’équipe : quels outils utilisez-vous ?
Il avait une bonne raison de poser cette question : le type d’outils que vous utilisez révèle les types d’activités de gestion de produit que vous effectuez régulièrement et dont vous avez l’expérience nécessaire.
Mais nous n’utilisons pas toujours nos outils de façon optimale. Parfois, nous ne prenons pas le temps de découvrir les dernières fonctionnalités qui pourraient nous faciliter la vie. Dans ce guide, je vais donc passer en revue quelques-uns des produits les plus fréquents dans notre stack et vous aider à en tirer le meilleur parti.
Gestion des tâches : Jira
Jira est probablement l’un des outils de triage de bugs et de gestion de tâches les plus populaires pour organiser le travail des équipes logicielles.
Bien qu’il existe de nombreuses alternatives parfaitement valables à Jira, il demeure le choix numéro un des Scrum Masters, professionnels de la gestion de projets et acteurs du développement produit. La raison principale : il est particulièrement bien adapté à la gestion de processus Scrum avec sprints, vélocités, story points, etc.
Jira est d’ailleurs mon outil préféré pour la gestion des tâches. Je l’ai même configuré pour plusieurs entreprises et formé leurs équipes à son utilisation.
Pièges à éviter avec Jira
D’après mon expérience, le principal écueil des utilisateurs de Jira est la surconfiguration. Certes, Jira permet de contrôler en détail qui peut modifier le statut d’une tâche, quelles informations sont obligatoires avant de l’envoyer en QA, etc.
Mais croyez-moi, vous n’utiliserez quasiment jamais toutes ces configurations. À la place, vous risquez de finir avec un processus trop complexe, où certaines personnes doivent effectuer des opérations précises qui ralentissent votre progression (par ex. : seule la cheffe de produit peut clôturer des tâches, et elle est en congé).
Jetez un œil à ce workflow indiquant les différents statuts d’une fonctionnalité.

Ça semble horriblement complexe, vous ne trouvez pas ? Pourquoi ne pas simplement faire « À faire », « En cours », « QA » et « Terminé » ? J’ai vu des entreprises générant des millions d’ARR avec un processus aussi simple.
Plutôt que de perdre du temps à créer vos propres configurations, je conseille généralement aux chefs de produit de profiter des excellents modèles et réglages de base proposés par Atlassian : cela permet d’exploiter tout le potentiel de Jira sans gaspiller de temps à le paramétrer.
Faut-il en conclure que Jira est un outil trop complexe et à éviter ? Bien sûr que non !
Quand utiliser Jira ?
Certes, les configurations complexes sont le principal inconvénient de Jira, mais c’est aussi ce qui fait sa force. Peut-être que vous n’êtes pas une équipe de 10 personnes travaillant sur un MVP de startup, mais une entreprise logicielle de 5 000 collaborateurs, qui a besoin de contrôles fins et de processus standardisés pour s’organiser au mieux.
Dans ce cas, les configurations sophistiquées de Jira sont une bénédiction et vous permettent d’adapter l’outil précisément aux besoins de votre entreprise.
Par exemple, peut-être êtes-vous une entreprise de biotechnologie et souhaitez que vos ingénieurs logiciels aient un type de tâche « Bug », tandis que vos microbiologistes ont besoin d’un type « expérience ». Jira peut facilement gérer ce type de personnalisation pour vous.
Quand préférer une autre solution
Compte tenu de ses configurations et de son paramétrage relativement complexes, Jira n’est probablement pas le meilleur choix pour les petites équipes logicielles ou pour des entreprises exerçant d’autres activités (par exemple, des services de marketing digital).
Vous pouvez alors envisager des outils plus simples pour les chefs de produit, comme Monday.com, Trello, Asana, etc.
Trello, par exemple, est mon choix pour les équipes vraiment très petites (et par « vraiment très petites », j’entends « quatre ou cinq personnes »). Il est tellement facile d’utilisation qu’il n’est même pas nécessaire d’avoir un chef de produit pour le configurer et le gérer.
Outils d’analyse : Mixpanel
En tant que responsable de produits digitaux en mode PLG, il m’est impossible d’imaginer mon quotidien sans un véritable outil d’analyse produit basé sur les événements. Mixpanel fut le premier outil de ce type que j’ai eu l’occasion d’utiliser, et je l’adore !
Pièges à éviter avec Mixpanel
En tant qu’outil d’analyse basé sur les événements, Mixpanel est assez léger—tant pour le développement des scripts de déclenchement d’événements dans votre produit que pour la création de graphiques et de rapports permettant de suivre vos indicateurs clés. Toutefois, être léger ne veut pas dire qu’il est incapable d’effectuer des analyses avancées.
En réalité, l’erreur la plus courante chez les chefs de produit utilisant Mixpanel est de ne pas exploiter la vue par cohortes du graphique d’analyse de la rétention que l’outil propose.

L’analyse basée sur les cohortes est un outil formidable, car elle permet d’observer l’impact de vos efforts sur l’engagement et la rétention au fil du temps, et vous indique si vous progressez dans la bonne direction ou non.
Quand utiliser MixPanel
La facilité de configuration et d’utilisation de Mixpanel en fait une excellente option pour les nouveaux produits, qu’ils soient en train d’atteindre leur adéquation produit-marché, ou qu’ils viennent tout juste d’y parvenir et commencent à se concentrer sur l’acquisition et l’activation.
La raison est que la panoplie standard de graphiques rapides à réaliser proposée par Mixpanel couvre amplement vos besoins dans ces trois domaines.
Pour les deux cas, vous disposez de graphiques entonnoir qui permettent d’identifier les points de rupture dans le parcours utilisateur où votre produit échoue le plus. De mon expérience, les nouveaux produits présentent souvent des baisses évidentes et importantes dans leurs entonnoirs d’acquisition et d’activation, que l’on peut rapidement repérer avec de simples entonnoirs.
Quand utiliser autre chose
Mixpanel n’est pas une baguette magique analytique qui donnerait n’importe quel type d’information sur vos données en un clic. Donc, si vous souhaitez réaliser des analyses avancées, il peut être judicieux d’envisager un autre outil.
Par exemple, si vous mettez en place une boucle d’acquisition et souhaitez mesurer son multiplicateur de croissance (le nombre total d’utilisateurs obtenus à partir d’un utilisateur existant), vous ne pourrez pas le faire avec MixPanel.
En réalité, aucun outil analytique basé sur les événements ne peut calculer les multiplicateurs de croissance (j’en parle davantage dans mon article sur les heatmap analytics), car ils établissent des graphiques à partir des actions réalisées par un utilisateur individuel. Si le parcours que vous souhaitez mesurer implique plusieurs utilisateurs (comme dans les boucles), il vous faudra alors exploiter les données clients dans votre backend et utiliser un outil BI comme Tableau ou PowerBI pour obtenir le résultat souhaité.
Stratégie Produit et Feuille de Route : Aha!
Je dois l’admettre ; je n’ai jamais utilisé d’outil dédié à la gestion des feuilles de route produits et de la stratégie. J’ai tout fait avec des documents dans Notion et des visuels dans Miro. Toutefois, si j’avais utilisé un tel outil, ce serait sans aucun doute Aha!
À l’origine, il s’agissait d’un simple outil de feuille de route. Cependant, l’entreprise a choisi une approche tout-en-un et la variété des cas d’usage que couvre aujourd’hui Aha! est impressionnante. Si vous recherchez des alternatives à Aha!, il existe plusieurs options spécialisées à considérer. Outre la gestion des feuilles de route produit, vous bénéficiez également des éléments suivants :
- Tableau public de retours et de demandes de fonctionnalités qui vous permet de recueillir les idées de vos utilisateurs et de mieux connaître leurs attentes.
- Intégrations avec Intercom et Zendesk pour centraliser et gérer les retours utilisateurs récoltés par vos équipes de support client.
- Connexion directe à Jira, Github, Bugzilla et autres outils, pour transformer vos éléments de feuille de route en véritables tâches à traiter.
Écueils de l’utilisation de Aha!
Disposer de cet éventail de fonctionnalités est un atout. Cependant, de mon expérience de conseil auprès de startups et d’équipes produit, je constate que l’écueil principal d’Aha! est que beaucoup l’utilisent uniquement comme un outil de feuille de route produit et négligent sa dimension tout-en-un. Les utilisateurs ont notamment tendance à ignorer l’onglet stratégie.

L’onglet stratégie regroupe de nombreux outils pour formaliser et piloter votre stratégie produit à un niveau macro.
Quand utiliser Aha!
En tant qu’outil tout-en-un, Aha! présente un avantage considérable : il centralise la majorité des informations dont une équipe dirigeante a besoin pour prendre des décisions stratégiques sur les fonctionnalités, la vision et les cas d’usage du produit.
J’irais donc jusqu’à dire qu’Aha! est avant tout un outil de gestion stratégique produit, et non simplement un gestionnaire de feuilles de route, et que les principaux utilisateurs devraient être les dirigeants de sociétés de logiciels de taille moyenne à grande.
Quand utiliser autre chose
L’un des inconvénients des outils tout-en-un est qu’ils sont bons en tout mais excellents en rien. Donc, si vous souhaitez des fonctionnalités avancées dans un domaine spécifique (prenons par exemple la gestion de feuilles de route), Aha! ne pourra probablement pas répondre à vos attentes.
De plus, les outils spécialisés dans la création de feuilles de route prêtent également plus d’attention à l’aspect visuel et esthétique des roadmaps que vous créez et partagez avec vos responsables produit, parties prenantes ou le grand public. ProductPlan, par exemple, propose des roadmaps au design remarquable qui sont tout simplement plaisantes à regarder.

Ainsi, si votre priorité est la gestion de feuille de route et que vous ne vous souciez pas des autres fonctionnalités d’Aha!, il pourrait être judicieux d’opter pour une alternative spécialisée pour la planification de feuilles de route à la place.
Astuces Pro pour le Développement Client, le Design et les Outils de Collaboration
En plus de se concentrer sur les principaux outils de l’arsenal des chefs de produit, regardons les écueils courants d’autres outils que vous serez très probablement amené à utiliser au quotidien, et voyons comment en tirer le meilleur parti.
Outils de sondage : SurveyMonkey
Il s’agit de l’un des outils les plus populaires pour collecter des retours clients, réaliser des études de marché et mieux connaître votre audience cible. Cependant, de nombreux responsables produit l’utilisent mal en négligeant sa fonction de logique de saut.
Cette logique vous permet d’ignorer certaines questions dans votre questionnaire en fonction des réponses données par les utilisateurs aux questions précédentes, ce qui réduit considérablement le temps nécessaire pour terminer votre sondage.
Bien que cet outil soit efficace, la liste des types de questions pouvant être incluses dans votre sondage reste limitée, et l’ergonomie de l’interface laisse à désirer. Si vous souhaitez un sondage plus riche et une meilleure expérience utilisateur, envisagez plutôt d’utiliser Typeform.
Outils de collaboration : Slack
La popularité de Slack dépasse l’entendement. C’est devenu l’outil de messagerie incontournable et le quartier général numérique de quasiment tous les acteurs du numérique.
Malgré sa notoriété, tout le monde ne profite pas de toutes les capacités offertes par Slack. Par exemple, très peu d’entreprises activent Slackbot pour envoyer des rappels à leurs collègues ou effectuer d’autres tâches automatisées. Slackbot est pourtant très puissant pour gérer les communications routinières et mécaniques.
J’apprécie beaucoup Slack, mais malheureusement, nous avons dû y renoncer et passer à Mattermost dans l’une de mes sociétés, car Slack ne proposait pas de solution d’entreprise sur site que mon entreprise aurait pu déployer sur ses propres serveurs. Donc, si vous êtes dans une entreprise particulièrement sensible à la sécurité, privilégiez plutôt une solution open source hébergée en interne.
Prototypage : Figma
Je me souviens qu’il y a quelques années, les équipes et entreprises utilisaient toutes des outils très différents pour concevoir, prototyper et collaborer sur des interfaces utilisateur, des diagrammes de flux, des tableaux blancs et des documents de design. Il y avait Sketch, InVision, Balsamiq, et bien d’autres. J’ai même vu quelqu’un dessiner ses maquettes UI sur Photoshop ! (Merci de ne pas faire cela.)
Aujourd’hui, pourtant, tout le monde travaille avec Figma, et, comme Slack, cet outil est devenu la référence du marché.
L’une des meilleures fonctionnalités de Figma, souvent sous-estimée, est le passage de relais aux développeurs—permettant aux ingénieurs de récupérer toutes les informations nécessaires directement à partir du fichier de design, sans difficulté.
Malgré sa capacité à couvrir tous les besoins liés au design, Figma reste un touche-à-tout et ne permet pas le prototypage avancé que vous trouverez sur Axure RP ou d’autres outils similaires.
Ce n’est pas l’outil qui fait la différence
...mais bien les mains expertes et l’intelligence du chef de produit qui les utilise !
N’oubliez pas que les outils servent à automatiser votre travail et à vous libérer des tâches répétitives. Mais ils ne créeront pas de produits géniaux ni de licornes. Ce n’est que vous—le chef de produit et votre équipe—qui avez ce super-pouvoir !
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