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Le Net Promoter Score (NPS) est une mesure qui a longtemps fasciné le monde de l’entreprise. Son attrait réside dans sa simplicité déconcertante. Il promet de résumer la fidélité client en un seul chiffre.

Cette perception est à double tranchant — apparemment facile à mettre en place, mais imparfaite pour offrir des informations exploitables.

Décryptons donc l'efficacité illusoire du NPS. Nous allons voir pourquoi il est une erreur de le considérer comme la mesure suprême du succès d’une organisation.

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La Fausseté de la Mesure Universelle

C’est une histoire aussi vieille que le management moderne.

Une entreprise, sous la pression de facteurs externes tels qu’une économie en récession ou de nouveaux investisseurs, s’empresse d’améliorer ses indicateurs clés de performance (KPIs).  

La direction générale, souvent récemment nommée ou remaniée, souhaite avoir un impact immédiat. Leur objectif ? Rendre le bilan irrésistible auprès des parties prenantes.

Voici le NPS — une question unique vantée pour sa simplicité et son omniprésence.

« Sur une échelle de 0 à 10, quelle est la probabilité que vous recommandiez cette entreprise, cet article de blog ou ce produit à un ami ou un collègue ? »

Les résultats sont compilés, et l’enquête est menée à différents moments durant le trimestre. L’entreprise sollicite la raison derrière chaque note donnée par le client.

C’est là que commencent les problèmes, que le score à lui seul ne peut ni prédire ni éviter. Des projets émergent partout dans l’organisation. À chaque trimestre, l’évolution du score est suivie religieusement.

Pourtant, tout ne va pas bien. Les équipes commerciales et produits se demandent si le Net Promoter Score est réellement la meilleure mesure à suivre.

La direction reste inflexible. C’est LA mesure à adopter.

En conséquence, les collaborateurs commencent à se désengager et à perdre tout intérêt pour ce système de notation.

Ce scénario est tristement familier pour quiconque a déjà tenté de mettre en œuvre un système d’amélioration basé sur le NPS.

La vraie question à se poser est la suivante : pourquoi le NPS ne tient-il pas ses promesses et n’aide-t-il pas mieux à satisfaire les clients ?  

Quelles autres mesures pourraient mieux évaluer la satisfaction client ?

Les équipes commerciales et de développement produit restent sceptiques : le NPS reflète-t-il réellement l’opinion des clients et la croissance du chiffre d’affaires, ou n’est-il qu’un indicateur superficiel masquant des problèmes plus profonds ?

Qu’est-ce que le Net Promoter Score ?

Comprendre le NPS

Le Net Promoter Score, plus connu sous le nom de NPS, est apparu comme une mesure révolutionnaire destinée à condenser le labyrinthe des émotions clients en un seul chiffre aisément compréhensible.

En 2003, le consultant Frederick Reichheld a présenté le concept de NPS dans son article phare de la Harvard Business Review, Le seul chiffre dont vous avez besoin pour croître.

L’article de Reichheld faisait de grandes promesses :

« Après deux ans de recherches rigoureuses faisant le lien entre les réponses aux enquêtes et le comportement réel des clients — habitudes d’achat, parrainages — et la croissance des entreprises, les résultats étaient clairs, quoique contre-intuitifs. Une simple question d’enquête pouvait prédire de façon fiable la croissance. »

Le NPS n’était pas seulement conçu pour mesurer la probabilité de réachat. Non, il s’agissait de créer de véritables « zélateurs » — des clients aussi fidèles que les fans invétérés d’Apple. Ces personnes ne se contentent pas d’utiliser votre produit ; elles le défendent et le recommandent passionnément à leur entourage.

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Comment calculer le NPS

Au fond, le NPS est remarquablement simple à calculer. On soumet aux clients une question unique :

Sur une échelle de 0 à 10, quelle est la probabilité que vous recommandiez notre entreprise/produit/service à un ami ou un collègue ?

Les réponses sont ensuite réparties en trois catégories distinctes :

  • Promoteurs (9-10)
  • Passifs (7-8)    
  • Détracteurs (0-6)

Pour obtenir le Net Promoter Score, il suffit de soustraire le pourcentage de Détracteurs du pourcentage de Promoteurs.

La formule est la suivante :

Net Promoter Score = Pourcentage de Promoteurs – Pourcentage de Détracteurs

L’échelle NPS et son interprétation

Lorsqu’on interprète les scores NPS, l’échelle va de -100 à +100. Mais pourquoi des chiffres négatifs ?  

Ils reflètent des situations où les Détracteurs sont nettement plus nombreux que les Promoteurs, ce qui constitue une alarme de retours négatifs nécessitant une action corrective immédiate.

Un score se rapprochant de +100 représente une situation idéale où les Promoteurs surpassent largement les Détracteurs.

Dans le lexique d'entreprise, cela représente un indicateur fort pour les dirigeants, mesurant la satisfaction des clients. C'est aussi un indicateur potentiel de croissance des revenus et de position de leader sur le marché. 

Cependant, il est essentiel de se rappeler que ce chiffre est un appel à poursuivre l'innovation et à ravir les clients pour maintenir ou améliorer ce score.

Qu'est-ce qu'un “bon” score NPS ?

Le terme « bon » est un qualificatif subjectif pour le NPS, principalement parce que les normes de l'industrie peuvent varier considérablement. Dans certains secteurs, comme les entreprises B2B, un score de -20 peut être salué ; dans d'autres, tout score inférieur à 10 peut provoquer des inquiétudes.

Cependant, une règle empirique largement acceptée indique que tout score supérieur à 0 signifie que vous faites du « bon » travail : vos Promoteurs sont plus nombreux que vos Détracteurs.

Un score supérieur à 50 vous place dans la catégorie « excellent », montrant une base de clients fidèles qui peuvent devenir des ambassadeurs de la marque. Mais lorsque vous franchissez le seuil d'or de 70, vous ne faites pas qu'être bon : vous excellez au niveau mondial en fidélité client.

Comprendre les nuances derrière ces scores devient inestimable dans un paysage où les avis des clients peuvent faire ou défaire une entreprise.

Quel est le problème avec le NPS ?

J'aurais donné un autre titre à cet article si je n'avais pas quelques reproches à faire au NPS en tant que métrique.

L'illusion de la crédibilité scientifique

De nombreuses entreprises croient à la prétendue rigueur scientifique du NPS. Elles l'adoptent comme la mesure ultime de la croissance et de la fidélité des clients. Pourtant, la recherche académique vient contredire cette approche.

Une étude de Tim Kiningham et de ses collègues dans le Journal of Marketing a tiré la sonnette d'alarme :

« Les managers ont adopté le Net Promoter Score en pensant qu'une science robuste supporte cette méthode, affirmant qu'elle est supérieure à d'autres indicateurs... Nous ne trouvons aucune base pour la déclaration que le NPS est “l'indicateur unique le plus fiable de la capacité d'une entreprise à croître”. »

De plus, de nombreux critiques ont ciblé le score NPS et la méthode sous-jacente de Frederick Reichheld. Ils ont souligné un point clé : le manque de preuves empiriques. On néglige le fait que le NPS puisse réellement prédire le comportement futur.

En résumé, la base scientifique du NPS n'est pas aussi solide qu'on pourrait le croire.

Déséquilibre dans les choix

Le NPS utilise une échelle à 11 points, de 0 à 10.

Cela pourrait sembler exhaustif, mais c'est en réalité biaisé.

Il y a :

  • Deux options pour des retours positifs (notes de 9 à 10)
  • Deux pour des réponses passives (notes de 7 à 8)
  • Sept pour des retours négatifs (notes de 0 à 6).

Ce déséquilibre peut fausser les résultats, en gonflant la catégorie des Promoteurs. De plus, cela ne s'accompagne pas d'un guide pour les clients. Comment pourraient-ils mesurer l'impact de répondre à une enquête à une seule question ?

Les défauts dans le calcul

Le NPS catégorise le ressenti client en attribuant les notes de 0 à 6 à des « Détracteurs ». C'est un défaut important.

Assimiler un score de 6 (une évaluation mitigée) à un zéro (un cri d'insatisfaction totale) manque de nuance. Cette approche généralisée brouille les données, éliminant toute granularité dans le ressenti des clients.

Pour illustrer ce point, analysons un exemple simplifié :

  • 5 personnes donnent à votre service une note de 0.
  • 5 personnes donnent à votre service une note limite de 6.

Ces deux groupes distincts sont fusionnés dans la même catégorie « Détracteur ».

Le score NPS pour ce groupe est de -100. Le NPS les regroupe, estompant les différences et risquant d'induire en erreur l'allocation de vos ressources.

On s'accorde à dire qu'une différence majeure existe entre un 0 et un 6. Pareil si dix personnes mettent 6. Le NPS sera de -100.

Une autre particularité du NPS concerne les notes de 7 et 8. Les répondants se retrouvent dans la zone « Neutre ». Lors du calcul du NPS, la formule exclut ces notes, qui n'apportent rien au résultat final—même s'il s'agit de notes supérieures à la moyenne.

Imaginons maintenant un scénario avec trois clients :

  • Le Client A est réservé mais optimiste, note 8 (passif).
  • Le Client B attribue un 7 (passif).
  • Le Client C est enthousiaste et vous donne un 9 (promoteur).

Si le client C baisse sa note à 8, votre NPS chute de 100 à zéro. Un changement radical pour un simple point modifié.

À l'inverse, si le client A ou B augmente leur note à 9, le NPS bondit à 100. Cette volatilité montre la fragilité du NPS, ce qui en fait une métrique de vanité.

Questions sur le pouvoir prédictif

Le NPS mise tout sur la question : « Quelle est la probabilité que vous recommandiez notre produit ? »

Il s'agit d'une prévision, d'une spéculation, d'une question de boule de cristal.

Pour ceux qui baignent dans l’économie comportementale ou la psychologie, vous connaissez le gouffre qui existe entre l’intention et l’action, aussi vaste que le Grand Canyon. Ce que les gens disent qu'ils feront et ce qu’ils font réellement peuvent être à des années-lumière l’un de l’autre.

Considérez ceci : vous lancez une enquête, et 60 % de vos répondants se révèlent être des « Promoteurs », promettant qu’ils recommanderaient votre service. Quelques mois plus tard, seuls la moitié tiennent parole. Ce 60 % fond à un sobre 30 %.

Le « pourquoi » manquant

Le NPS vous donne un score, un chiffre, un seul point de données.

Il n'ira pas plus loin tant que vous n’aurez pas creusé davantage.

Imaginez qu’un client vous attribue un score de 6. Très bien, vous avez un chiffre — mais pourquoi ce score ? Était-ce à cause d’une interface défaillante, d’un service client médiocre, ou parce qu’il n’a pas accroché avec votre marque ? Ne pas savoir le « pourquoi » revient à tirer dans le noir.  

Le NPS, en l’état, est un instrument grossier. C’est comme essayer de sculpter une œuvre d’art avec une masse. L’artiste ne pourra aller bien loin sans les détails. La question de suivi cruciale — « Pourquoi avez-vous donné ce score ? » — est aux abonnés absents. C’est une occasion manquée de récolter des insights exploitables.

Voici donc la leçon à retenir : commencez à voir le NPS comme une pièce d’un puzzle plus complexe de fidélisation client et de croissance de l’entreprise. En creusant les motivations derrière ces scores, on élève le NPS d’un instrument brut à un véritable outil de précision. Ainsi, on peut améliorer réellement l’expérience client.

Les indicateurs vraiment utiles : Que considérer à la place du NPS ?

Avant tout, quel est votre véritable objectif d’amélioration ? Connaître la réponse à cette question guidera votre choix d’indicateurs comme une étoile polaire.

Selon une étude de HBR, les principaux objectifs des organisations tournent autour du suivi de la satisfaction clientes, de l’engagement, de l’expérience et de la fidélisation.  

Alors, quel est exactement votre point de douleur ?

  • Alignement organisationnel ?
  • Transformation culturelle ?
  • Intégration des données ?
  • Perception de la marque ?
  • Expérience produit ?
  • Efficacité opérationnelle ?
  • Support client ?

Avant de choisir un indicateur de réussite produit, consultez le livre « Lean Analytics ». Il change la donne pour comprendre ce qui rend un indicateur pertinent. Votre indicateur doit être clair, comparable, actionnable et centré sur les comportements. Il doit aussi être normalisé — c’est-à-dire représenter un ratio ou un taux pour apporter du contexte aux chiffres bruts.

Parlons maintenant de Netflix, une entreprise qui sait rester en avance sur la concurrence. Elle a abandonné le NPS au profit d’une approche plus nuancée. Plutôt qu'une question générale, Netflix en pose deux spécifiques adaptées à leur audience :

Pour les clients actuels :

Au cours des six dernières semaines, nous avez-vous recommandé à un ami ou un collègue ?

Pour les nouveaux clients :

Avez-vous été recommandé chez nous par un ami ou un collègue ?

Ces questions permettent une compréhension plus riche et plus détaillée du ressenti et des comportements de la clientèle. Et devinez quoi ?

Vous pouvez en faire autant.

Sachez-le : un indicateur n’est pas juste un chiffre ; c’est une histoire.

Et pour raconter une histoire percutante, il faut plus qu’un titre. Il vous faut du contexte, de la nuance et des informations exploitables. Alors, laissez tomber la masse du NPS et choisissez un outil de précision pour sculpter votre chef-d’œuvre d’expérience client.

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