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Tout le monde redoute les évaluations d'impact !

Quel que soit votre niveau de responsabilité, vous rendez compte à un responsable (ou au conseil d'administration si vous êtes PDG). Et dans la plupart des organisations, la fin de l'année correspond à la redoutée « évaluation d'impact » ou « évaluation de performance ». L'évaluation d'impact est souvent une mauvaise expérience aussi bien pour le manager que pour le collaborateur évalué. Pourquoi ?

À vrai dire, la plupart des managers ne donnent pas la priorité au processus d'évaluation d'impact dans leurs activités quotidiennes (peut-être parce que les évaluations d'impact sont en quelque sorte privées et ne concernent principalement que leurs collaborateurs ?). S'ils n'ont pas mis en place un processus rigoureux (prendre des notes sur les réussites/échecs, réunions individuelles structurées, boucles de retour régulières, journal de gratitude, identification des points forts/faibles de leurs collaborateurs, etc.) durant la période, alors l'évaluation d'impact repose sur leur mémoire à court terme (environ 21 jours, si l'on est généreux).

Votre manager évolue également dans son propre contexte, et certains facteurs clés entravent sa capacité à bien mener votre évaluation d'impact :

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  1. Changements : Nouvelle structure organisationnelle, nouveaux outils, nouveaux processus, etc. 
  2. Nombre de collaborateurs directs : Je dirais que 3 à 5, c'est correct ; au-delà de 7, les choses commencent à se dégrader.
  3. Séniorité : Si votre manager est nouveau dans l'entreprise ou dans son rôle de responsable, il peut fonctionner avec un cadre de référence limité. 

En tant qu'évalué(e), vous n'avez aucun contrôle sur ces facteurs (de toute façon, votre manager a aussi peu de contrôle sur ces choses !) mais il est important d’en avoir conscience et de comprendre le contexte dans lequel il évolue. Votre réussite dépend de celle de votre manager.

L’autre problème majeur est que l’évaluation d’impact est rarement une véritable conversation entre deux adultes. Je pense que cela vient de notre système éducatif. Nous sommes habitués à un rôle très passif : ce que j’appelle le rôle soumission/étudiant. C’est le mode par défaut de nombreux salariés qui viennent d’intégrer le monde du travail après leurs études. Depuis la maternelle (où l’on reçoit un autocollant si l’on réussit… selon l’enseignant), le système éducatif a ancré en nous l’idée que quelqu’un d’autre possède tous les outils et connaissances nécessaires pour nous évaluer. Et, passivement, nous attendons la note.

Si vous ne deviez retenir qu’une seule idée de cet article, s’il vous plaît, retenez celle-ci :

Au lieu de dépendre du regard d’autrui pour savoir si vous avez bien travaillé ou non, établissez vos propres métriques et critères.

Impact de l'auto-réflexion

Pratiquer l’auto-réflexion est essentiel pour transformer la relation avec votre manager, passant d’une dynamique élève-enseignant à une relation humaine d’égal à égal. Les product managers sont des travailleurs du savoir dotés des outils et de la capacité intellectuelle pour s’auto-évaluer. Nul besoin d’un manager ou d’un chef pour juger de vos réalisations (ou de leur absence).

Si c’est la première fois pour vous : cela peut, à coup sûr, faire peur ! Peut-être même appréciez-vous le système de notation, tant ancré dans notre société. Cela dit, voici pourquoi cela peut vous aider à mieux vous connaître, transformer positivement votre carrière, et améliorer grandement l’efficacité de votre manager :

  1. Connaître vos forces et faiblesses est libérateur. La plupart des entreprises vous embauchent pour votre force ou votre « super-pouvoir ». Plus tôt vous l’identifierez, plus vite vous pourrez avoir un impact majeur. Comment progresser si vous ignorez vos super-pouvoirs et vos points faibles ?
  2. Vous êtes la seule personne à pouvoir analyser les émotions que vous avez eues durant la période d’évaluation. Personne d’autre n’est « dans votre tête », et même dans une culture ouverte et transparente, vous partagez rarement 100 % des ressentis positifs ou négatifs vécus pendant la période d’évaluation. Repérez les activités ou responsabilités qui vous amusent et vous motivent, puis celles qui vous épuisent, vous démotivent et vous enlèvent toute envie. Essayez de faire évoluer votre rôle pour limiter les tâches négatives et accentuer les positives.
  3. Vous pouvez aider votre manager à briller. Fournir un bilan d’auto-réflexion détaillé permettra à votre manager de produire une évaluation d’impact claire et utile. Vous simplifiez son travail tout en l’aidant à rehausser le niveau de qualité des évaluations d’impact.

Maintenant que vous êtes convaincu, que faire ?

Voici un modèle Google Doc pour votre auto-réflexion. Pour l’utiliser, allez dans Fichier puis Créer une copie. Vous pourrez alors modifier le document et suivre la démarche qui vous convient le mieux.

Passez 1 à 2 heures à parcourir les différentes sections en y inscrivant vos propres mots, sans analyse ni jugement excessif. Vous pouvez choisir une seule approche (ou inventer la vôtre : c’est un simple support pour éviter le « syndrome de la page blanche »).

D’après mon expérience, plus vous investirez dans l’auto-réflexion, plus vos bénéfices seront importants. Mieux vous vous connaîtrez et identifierez ce qui vous apporte de la joie ou vous fait souffrir, plus vous pourrez définir des priorités claires à soumettre à votre manager. Une fois vos réflexions partagées, voici ce qui pourrait se produire :

  1. Si vous êtes tous deux complètement d'accord avec votre auto-évaluation : Votre manager complétera votre revue avec un feedback 360 et ses propres observations. Il vous aidera également à aller plus loin, en faisant tout son possible pour soutenir votre développement et l’application de vos super-pouvoirs. Vous serez sur la même longueur d’onde (fortement alignés) pour la prochaine période et la recherche d’objectifs sera à la fois plaisante et enrichissante. Votre manager saura exactement ce qui vous motive et il vous aidera à créer davantage d’opportunités.
  2. Si vous n’êtes pas complètement en accord (<40 % de désalignement) : Vous vous voyez peut-être comme extrêmement compétent dans un domaine, mais votre manager ne vous perçoit que comme « relativement performant » ou même en mode « peut mieux faire ». Creusez davantage ! Profitez de ce feedback de qualité pour comprendre comment vous améliorer et avoir plus d’impact la prochaine fois. Utilisez les informations 360 (ou demandez une évaluation 360 si cela n'est pas habituel dans votre entreprise), pour approfondir la réflexion et vous aligner avec votre manager lors de la prochaine période. 
  3. Si votre manager est fortement en désaccord avec votre auto-évaluation (>40 % de désalignement) : Cela conduira à une conversation franche mais extrêmement porteuse de sens. Vous allez soit définir une vérité partagée avec votre manager, soit ne pas y parvenir.
    1. Si vous y réussissez, vous pourrez alors définir des objectifs réalistes pour la prochaine période. 
    2. Si vous n’arrivez pas à trouver un terrain d’entente partagé avec votre manager, alors il sera temps de passer à autre chose : soit rejoindre une autre équipe, soit changer d’entreprise. Cette étape peut être douloureuse, mais sera au final préférable pour toutes les parties concernées.

La vraie valeur de l’auto-réflexion

Prendre au sérieux votre auto-réflexion vous donne accès à un outil incroyable : l’accomplissement de soi. Autrement dit, vous êtes seul à définir votre valeur, en fonction de ce qui est important pour vous. C’est une démarche très libératrice, car vous n’appréhenderez plus la revue de votre impact. L’auto-réflexion a également des effets plus profonds : la plupart des psychologues s’accordent à dire que mesurer la réussite selon vos propres critères est essentiel pour atteindre un bonheur durable et profond.

Que votre manager soit d’accord ou non avec votre auto-évaluation, la revue d’impact à venir ne détruira ni votre estime de vous-même ni votre valeur : elle vous indiquera plutôt des domaines que vous auriez pu négliger. C’est entièrement à vous de choisir la suite : évoluer pour vous adapter et vous conformer à la vision de votre manager, ou trouver un nouveau manager afin de poursuivre ce qui, selon vous, a le plus d’importance pour votre développement personnel.