Actuellement, seulement environ 1 employé sur 4 dans l'industrie technologique est une femme. Alors, qu'est-ce qu'il faut pour réussir une carrière en tant que femme dans la Tech ? Dans cette série d'interviews intitulée Leçons de femmes leaders inspirantes dans la Tech, nous discutons avec des femmes leaders à succès de l'industrie technologique pour partager leurs histoires et leurs points de vue sur ce qu'elles ont fait pour bâtir une carrière florissante. Nous abordons également les étapes nécessaires à la création d'un excellent produit technologique. Dans le cadre de cette série, j'ai eu le grand plaisir d'interviewer Natalie Rutgers.
Merci beaucoup de vous joindre à nous pour cette série d'interviews ! Avant de commencer, nos lecteurs aimeraient en savoir plus sur vous. Pourriez-vous partager une histoire sur ce qui vous a amenée à suivre ce parcours professionnel spécifique ?
Il y a cinq ans, je travaillais comme designer produit chez Deepgram. Nous étions à un moment charnière important où il a fallu faire passer l'entreprise d'une phase de recherche à une phase commerciale. Chez Deepgram, nous avons essayé de mettre en place une stratégie de croissance pilotée par le produit (PLG) avant même qu'elle ne porte ce nom auprès de la communauté des développeurs. Au début, notre produit PLG attirait beaucoup l'attention des consommateurs, mais il ne suscitait pas vraiment l'intérêt des développeurs. Globalement, ce dont nous avions besoin à l'époque, c'était d'un commercial pour mettre nos modèles de transcription entre les mains des responsables d'entreprise. Puis, le COVID est arrivé et les gens ont commencé à collecter et stocker des données audio à des taux jamais vus en tenant plus de réunions en ligne. Avec cette explosion du besoin de transcription de données audio, nous avons vu la demande se déplacer des dirigeants d'entreprise vers les praticiens techniques. Ces personnes voulaient tester le produit bien avant d'échanger avec un commercial. Ainsi, la croissance guidée par le produit était la prochaine étape naturelle. L'équipe et moi avons donc décidé de développer la Developer Console de Deepgram.
On dit parfois que nos erreurs peuvent être nos meilleurs professeurs. Pourriez-vous partager une histoire sur la plus drôle des erreurs que vous ayez commises à vos débuts ? Quelle leçon en avez-vous tirée ?
En repensant au début de ma carrière de designer, je faisais souvent l'erreur de proposer bien trop d'options de design à mes interlocuteurs. Aujourd'hui, je sais qu'il est préférable de présenter 2 ou 3 pistes seulement, mais au début, je montrais parfois 6 idées de design différentes en même temps. Cela avait pour effet de déstabiliser mon équipe, au point qu'ils prenaient parfois leur propre stylo pour dessiner leurs idées ! Ces expériences m'ont appris qu'en présentant uniquement 2 ou 3 options, en simplifiant, les gens se sentent intégrés dans la démarche créative et peuvent donner un retour pertinent et ciblé. Cette méthode nous permet finalement de parvenir à une décision beaucoup plus rapidement.
Quel a été pour vous le moment « décisif » de votre carrière ? Racontez-nous comment cela s’est produit, le contexte, et l’impact que cela a eu sur votre vie.
Un moment décisif de ma carrière a été d'aider Deepgram à rendre son produit accessible aux développeurs plutôt que de garder l’accès fermé par l’équipe commerciale. Nous avons littéralement mis de côté tous nos projets pendant près de trois mois pour nous concentrer sur cette expérience produit, et nous savions tous que c’était un pari très important pour notre startup. C’était à la fois risqué, effrayant et excitant. Avant cette transition, tout passait par le service commercial, donc les succès ne semblaient pas vraiment être des victoires du produit, alors qu’aujourd’hui ils sont vécus comme des victoires à l’échelle de l’entreprise. Cela a vraiment changé la dynamique d’équipe. Avec le recul, cette transition a permis au produit de véritablement briller et de parler de lui-même, ce qui a eu un énorme impact sur mon propre parcours et sur celui de Deepgram.
Pourriez-vous nous raconter un épisode difficile que vous avez traversé au début de votre parcours ? Avez-vous pensé à tout abandonner ? Qu’est-ce qui vous a permis de persévérer malgré les difficultés ?
Au début de mon parcours, j'étais designer plongée dans un environnement extrêmement technique. J'ai dû apprendre un nouveau langage et comprendre comment collaborer et innover avec des ingénieurs. Cela a été difficile à bien des égards, notamment parce que j’ai eu à revoir ma manière de formuler mes questions pour travailler efficacement avec l’équipe d’ingénierie.
De plus, en tant que femme dans la tech et le milieu des startups, on se retrouve souvent dans des salles pleines d’hommes, avec très peu de femmes dans les fonctions techniques. J’ai eu la chance que Deepgram ait toujours été accueillant et valorise les personnes qui ont le courage de poser les questions difficiles. Souvent, les femmes préfèrent démontrer leurs connaissances avant d’admettre ce qu’elles ne savent pas, mais j’ai appris qu’avoir le courage de se lever et de dire « Je ne connais pas cette technologie ou cette technique, pouvez-vous m’expliquer ? » peut vraiment faire avancer sa progression personnelle.
Nous aimerions en savoir un peu plus sur votre entreprise. Quel problème essayez-vous de résoudre ? Comment votre société aide-t-elle les gens ?
La plateforme d’IA vocale de Deepgram est la base du futur des technologies vocales. La technologie de reconnaissance vocale de Deepgram offre une transcription de la parole rapide, abordable et précise. L’entreprise a levé 86 millions de dollars pour placer l’IA vocale au service des principaux innovateurs et a transcrit plus d’un billion de mots depuis sa création. Deepgram estime que chaque voix doit être entendue et comprise, qu’il s’agisse de l’audio, des clients ou des employés. Grâce à des modèles de deep learning de bout en bout, la force de Deepgram réside dans la diversité de ses collaborateurs, de ses idées et de leurs parcours, qui inspirent la prochaine génération d’expériences vocales. Deepgram considère que la transcription précise n’est plus un problème pour la centaine de langues avec lesquelles elle travaille. C’est sur cette base que Deepgram construit le futur de la compréhension vocale : donner à ses clients des éclairages non pas seulement sur ce qui a été dit, mais aussi sur la façon dont cela a été dit, ce qui peut permettre de comprendre pourquoi cela a été dit et d’en tirer des actions.
Si quelqu’un souhaite diriger une grande entreprise et créer des produits d’exception, quelle est selon vous la qualité la plus importante à posséder et quelles habitudes ou comportements recommanderiez-vous pour cultiver cette qualité en particulier ?
L’une des qualités les plus importantes pour créer d’excellents produits, c’est de s’assurer que vous développez le bon produit pour les bons publics en mettant de côté vos propres biais personnels. Par exemple, beaucoup de personnes ont tendance à tomber dans le piège de s’imaginer comme les utilisateurs principaux d’un produit lors de sa conception. C’est la pire chose à faire, car vous pensez peut-être savoir comment les gens vont utiliser un produit, mais ils peuvent finalement l’utiliser complètement différemment. Pour éviter cela, il est préférable de marquer une pause avant de prendre une décision et de toujours chercher des avis contradictoires issus de différentes sources. Recueillir une variété d’avis vous aidera à mieux évaluer toutes les conséquences possibles.
Parlons d’équipes. Quelle stratégie ou méthode de gestion d’équipe avez-vous trouvée particulièrement efficace dans le processus de développement produit ?
Dans le processus de développement produit, j’ai constaté que des équipes autonomes composées de petits groupes fonctionnels produisent généralement les meilleurs résultats. Ces petits groupes fonctionnels, rassemblant chefs de produit, designers et ingénieurs, peuvent construire ensemble la feuille de route produit au lieu que les dirigeants ne tracent le cap dès le départ. Cela favorise un climat de responsabilisation sur les produits, ainsi que la confiance entre les membres de l’équipe et l’entreprise.
Du point de vue du leadership, il faut aussi faire confiance aux experts que vous recrutez et éviter la microgestion. Votre rôle de leader dans le processus produit doit être davantage celui d’un diagnostiqueur de problème, en veillant à ce que l’équipe voie ses angles morts et en l’encourageant à avancer ensemble vers la solution.
Quand vous repensez à la meilleure équipe avec laquelle vous avez travaillé, pourquoi pensez-vous que cette équipe fonctionnait si bien ensemble, et pouvez-vous partager une anecdote illustrant cette dynamique ?
La meilleure équipe avec laquelle j’ai travaillé était notre équipe axée sur l’expérience Developer First. Dès le départ, notre objectif final était clairement défini. Nous savions que le calendrier pour construire notre produit était court et que nous étions, en quelque sorte, en train de construire l’avion alors qu’il volait déjà. Malgré ce délai serré, nous avons créé un environnement innovant où nous pouvions nous réunir pour faire le point sur ce que nous avions accompli la veille et comment avancer le lendemain. Nous avions confiance les uns envers les autres et savions, par conséquent, que nous atteindrions notre objectif contre vents et marées.
Si vous ne pouviez utiliser qu’un seul logiciel, lequel serait-ce, pourquoi, et quels autres outils considérez-vous comme essentiels à votre mission ?
Si je devais n’avoir qu’un seul outil logiciel, ce serait Figma. Je suis une personne très visuelle et Figma m’aide à donner vie à mes idées ; la plateforme est également très collaborative. J’ai remarqué que les formats classiques de présentation ou les tableurs peuvent rapidement lasser les participants, donc utiliser un outil comme Figma nous aide à co-créer et à motiver chacun à adhérer à nos idées.
Parlons du temps de repos. Quelle est votre pratique ou votre rituel de prédilection pour éviter l’épuisement professionnel ?
J’adore surfer durant mes temps libres ! Au début de la pandémie, quand nous étions tous enfermés 24h/24, je savais qu’il fallait que je trouve un moyen sûr de sortir et prendre l’air, et le surf m’a littéralement sauvé dans ce sens. Être dans l’eau vous force à vous concentrer et à mettre de côté tout le reste de votre vie. Sinon, vous finirez par être rappelé à l’ordre par une vague.
D’après votre expérience, quels sont vos « 5 étapes pour créer de grands produits technologiques » ? Si possible, partagez une histoire ou un exemple pour chaque :
1. Comprenez votre public. Le tout premier outil que nous avons construit chez Deepgram était un éditeur de transcription en glisser-déposer. C’était parfait pour faire découvrir la transcription Deepgram au public, cependant, les développeurs attachent beaucoup plus d’importances à de bonnes documentations et à la fiabilité de l’API qu’à une interface soignée.
2. Connaissez à l’avance les attentes de vos utilisateurs. Lorsque nous avons lancé notre premier produit de transcription, les gens ont immédiatement manifesté l’envie de pouvoir éditer leurs transcriptions. Nous savions que nous ne voulions pas faire de l’interface d’édition notre priorité, alors nous avons cherché à optimiser pour la demande sous-jacente : « Comment pouvons-nous fournir des transcriptions plus précises ? »
3. Co-construisez le cahier des charges de votre produit. Lors de la conception de votre produit, n’isolez pas la réflexion au métier de chef de produit. Il est essentiel de prendre en compte le design et l’ingénierie dès le début, car leurs expertises vous permettront de créer un produit plus abouti et équilibré. Par exemple, quand je partage un cahier des charges produit, je sais qu’il est abouti à 70% avant de le soumettre à mes collègues car leur contribution nous aidera à créer un excellent produit.
4. Faites tester votre produit le plus vite possible par vos utilisateurs. Plus tôt vous confrontez votre produit à vos utilisateurs, plus tôt vous collectez des retours précieux.
5. Mesurez tout. Réfléchissez à chaque détail et suivez-les avant de vous lancer. Vous devez vous assurer d'avoir tout défini et suivi avant d’en avoir besoin. On ne peut pas apprendre à optimiser sans données.
Êtes-vous actuellement satisfait(e) du statu quo concernant les femmes dans la tech ? Quels changements spécifiques pensez-vous nécessaires pour changer ce statu quo ?
Je pense qu'il y a beaucoup à faire lors du recrutement et, au final, de l’embauche des femmes. Lorsqu'une femme voit une startup majoritairement composée d’hommes, elle peut inconsciemment se retirer du processus avant même d’avoir postulé. La représentation est importante, et il est essentiel de rechercher activement les groupes de femmes pour les efforts de recrutement afin de nous assurer que nous valorisons les femmes leaders en tech, produit et ingénierie.
Même quand j’étais enfant, je ne voulais pas apprendre à coder. J’avais écarté cela comme étant trop rigide et inintéressant. Cependant, lorsque j’ai commencé à collaborer avec les ingénieurs en tant que designer, j’ai réalisé à quel point le codage était en fait aussi créatif. Le codage était une extension naturelle de la résolution de problèmes que j’apprécie. Plus jeune, il m’aurait fallu un cercle de pairs et un groupe de femmes leaders occupant des postes inspirants dans la tech pour me montrer à quoi pouvait ressembler mon futur dans le produit.
Y a-t-il une personne au monde avec qui vous aimeriez prendre un petit déjeuner ou déjeuner privé, et pourquoi ?
J’adorerais m’entretenir avec Susan Wojcicki, PDG de Youtube ! Elle est une grande source d’inspiration pour moi. En tant qu’employée de Deepgram dès ses débuts, j’admire son parcours, d’employée pionnière chez Google à PDG de Youtube. Il est rare d’entendre parler des premiers employés, donc j’apprécierais vraiment de pouvoir connaître son point de vue.
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